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Juin 18, 2026

Fatoumata Diawara / Un nouvel album entre traditions maliennes, modernité et engagement

Chanteuse, auteure-compositrice, guitariste et comédienne, Fatoumata Diawara est aujourd’hui une figure incontournable de la scène musicale franco-malienne. Quelque part entre le Mali et la France, sa voix nous transporte dans un univers singulier, coloré et intime. Incarnant une identité à la fois forte et sensible, elle est de retour avec son nouvel album, intitulé Massa, paru sur le label français No Format.

Mais au fait, qui est Fatoumata Diawara ?

Née à Abidjan en Côte d’Ivoire de parents maliens, Fatoumata Diawara passe son enfance entre plusieurs cultures. Elle fait ses premiers pas dans le monde du spectacle lorsqu’elle rejoint sa tante comédienne au Mali à l’âge de 9 ans. Très vite, elle est repérée par des metteurs en scène, entame une carrière d’actrice et apparaît dans plusieurs productions cinématographiques africaines.

En 2006, elle fait son entrée dans le monde de la musique en interprétant le premier rôle féminin dans L’Opéra du Sahel à Bamako. La même année, elle participe à l’enregistrement de l’album Red Earth : A Malian Journey de Dee Dee Bridgewater, puis collabore avec Oumou Sangaré sur l’album Seya. Ces expériences lui permettent de s’imposer progressivement comme une artiste respectée sur la scène internationale.

Son premier album, Fatou, sorti en 2011, pose les bases de son identité musicale en mêlant blues et traditions du Wassoulou. Engagée sur des thèmes tels que les droits des femmes, la lutte contre l’excision ou encore les crises sociales au Mali, elle développe une parole forte, qui se poursuit dans son deuxième album Fenfo (2018), puis dans Maliba (2022), projet mettant à l’honneur le patrimoine culturel malien.

En 2023, elle dévoile London Ko, un album qui poursuit ce dialogue entre tradition et modernité, en intégrant des influences pop, électroniques et afro-futuristes. Une direction artistique qui se prolonge à présent avec Massa.

Massa : le spirituel, l’art et l’engagement dans la musique

Le 5 juin dernier, après une carrière riche en expériences entre cinéma et musique, marquée par des collaborations remarquables, Fatoumata Diawara revenait plus forte et plus assumée que jamais avec son quatrième album composé de 12 titres : Massa (« l’éternel »). En effet, elle déclare lors de plusieurs interviews que, pendant le processus de création de l’album en compagnie de Matthieu Chedid, elle dit avoir ressenti quelque chose de divin. Malgré sa différence et le fait d’être une femme, elle s’est sentie respectée. Elle, qui était à la base solitaire, a ressenti une harmonie. L’album est également un hommage à son défunt père, qui fut le premier à lui apprendre à assumer cette différence.

On découvre une pochette d’album simple et épurée sur fond blanc, avec au centre un portrait frontal de Fatoumata Diawara entourée de ses mains. Un visuel qui souligne une dimension plus intime et introspective que dans ses projets précédents. Là où l’on a pu voir et écouter une Fatoumata Diawara tournée vers le monde et s’adressant à lui, ce nouvel album marque une nouvelle étape dans laquelle elle se recentre sur elle-même, sans jamais se couper du monde pour lequel elle a toujours chanté.

L’attention se porte notamment sur sa coiffe bleue, également couleur de sa tournée. Une couleur qui, dans l’imaginaire collectif, évoque la sérénité, le calme ou encore la mélancolie : « c’est le ciel, c’est l’eau, c’est royal, c’est pur. C’est très spirituel », explique-t-elle dans un entretien accordé au média Brut.  L’aspect visuel occupe une place importante dans son travail, fille de couturière, elle affirme ainsi que la mode fait partie intégrante du spectacle et lui permet d’exprimer ses émotions. Attachée à ses racines, où qu’elle se trouve, elle cherche à incarner une esthétique africaine. C’est dans le bruit de cette machine à coudre maternelle qu’elle a trouvé l’art du vêtement, mais aussi celui de la musique.

Dans « Djenneh », prénom courant en Afrique de l’Ouest, elle aborde l’exil et l’importance de se souvenir du passé pour continuer à avancer. Elle-même a quitté le Mali depuis plusieurs années, mais c’est ce même pays qui fait sa force musicale. C’est pourquoi elle choisit de ne pas utiliser d’instruments traditionnels, estimant que sa voix représente le Mali tout en gardant ce dialogue entre l’Europe et son pays d’origine. Ce dialogue se ressent dans les tonalités choisies et les associations entre les différents instruments. On y retrouve des influences plus pop, dans lesquelles l’empreinte de Matthieu Chedid se fait sentir, mais aussi des sonorités d’Afrique de l’Ouest. Rien d’étonnant, puisque l’artiste reste pleinement maîtresse de sa composition et s’accompagne toujours de sa guitare, qu’elle ne quitte jamais. Pour l’anecdote, elle n’a appris la guitare en autodidacte qu’après ses débuts dans la musique. Cet instrument lui offre autonomie et liberté artistique. Selon elle, sa guitare la « sauve”. Sa musique est son moyen d’expression : grâce à celle-ci, elle se libère des tabous.

Elle porte une attention particulière à mettre à l’honneur la femme dans son album, mais aussi où qu’elle soit dans le monde. Dans une interview accordée à ELLE, elle revient sur le contenu de la chanson « Denko » : « je parle à la femme qui n’est pas souvent remarquée, notamment celles qui portent des enfants handicapés ». Donner une voix à celles qui sont souvent invisibilisées est important selon elle.

On retrouve dans cet album une forme d’équilibre entre introspection et engagement, permettant à Fatoumata Diawara de s’exprimer sur des sujets qu’elle a observés ou vécus. Dans « Sigui », qui signifie « assieds-toi », elle aborde la polygamie, l’hypocrisie ou la jalousie, des réalités qu’elle a pu vivre et qui restent toujours d’actualité. Pour elle, la musique est une forme de libération. Chanter est un besoin vital : « chanter, c’est respirer ». L’artiste affirme avoir un rapport instinctif avec sa voix, comme lorsqu’elle dansait plus jeune. Ne cherchant pas la perfection mais l’expression et la libération, elle ne peut se résoudre à rester chez elle. C’est pour cela que dans « Fala », elle dit : « j’abandonne mes enfants pour chanter pour les enfants et pour le monde ».

Conclusion : la musique est une transmission

Fatoumata Diawara nous permet de redécouvrir la musique sous d’autres angles grâce à ce nouvel album. Elle s’y montre vulnérable et forte à la fois. À travers sa voix, même sans toujours pouvoir comprendre ses paroles, elle transmet ses émotions à celui qui l’écoute. À la façon du griot malien, elle nous livre une histoire, la sienne, qui s’écrit au fur et à mesure des albums et projets qu’elle partage avec le monde.

On découvre une artiste singulière qui assume ses choix et sa vision. Son parcours est inspirant : une femme venue d’Afrique de l’Ouest qui chante majoritairement en bambara, sa langue d’origine, mais qui transcende les frontières. C’est le résultat d’un long processus qui force l’admiration. Elle a su montrer que la différence n’est pas une faiblesse et qu’elle peut même être l’une de nos plus grandes forces.

Massa est un album dansant et apaisant, vibrant par son originalité. Il apparaît ainsi comme un retour sur un parcours atypique, mais aussi un rappel du moment présent avec des engagements que Fatoumata Diawara continue de porter. On comprend que pour cette artiste, la musique est une prise de conscience du passé, sa mission du présent et le sens qu’elle a choisi de donner à sa vie.

 Afin d’accompagner ce retour sur le nouvel album de Fatoumata Diawara, j’ai eu l’honneur de créer une playlist entièrement composée de titres issus de productions 100 % françaises, pour le Pass Culture et What the France. L’artiste nous invite à célébrer la musique et l’originalité. Dans cette continuité, j’ai choisi d’y intégrer des titres venus de différents horizons, qui représentent chacun à leur manière le paysage musical français actuel. Il y en a pour tous les goûts, alors j’espère que vous prendrez autant de plaisir à les découvrir que j’en ai eu à les sélectionner.

Yeri Shaïna Hien

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