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Juin 30, 2020

Oumou Sangaré | L’interview exclusive pour « Acoustic »

Le dernier album d’Oumou Sangaré, Mogoya, est sorti en 2017. Sur l’album, enregistré à Stockholm et à Paris, la chanteuse, qui vendait de l’eau dans les rues de Bamako, marche sur une fine ligne entre la musique traditionnelle de sa région natale, le Wassoulou au Mali, et un déracinement induit par la technologie. Ainsi, Oumou Sangaré s’est soudainement retrouvée catapultée dans une nouvelle dimension de la culture pop. L’artiste congolais JP Mika l’a peinte pour la pochette de l’album, des remixes de Sampha, St Germain, Malik Djoudi et d’autres ont suivi pour l’album Mogoya Remixed et Beyoncé l’a samplée pour la chanson « MOOD 4 EVA« . Oumou Sangaré n’a jamais semblé être plus éloignée de son pays d’origine.

Le 19 juin dernier, elle a sorti son nouvel album Acoustic. Bien que bloquée à New York à cause du confinement, elle a accepté de répondre à nos questions.

Merci beaucoup de nous accorder un peu de votre temps. Comment allez-vous ? Comment vivez- vous le confinement ?

Tout va bien ! Je suis confiné à New York. J’y suis allé avec une partie de ma famille pour les vacances, et nous nous sommes retrouvés bloqués avec la pandémie de la COVID-19. Cela m’a permis de me reposer enfin, après une longue tournée, l’organisation de mon festival « FIWA » au Mali et la gestion de mes businesses en dehors de la musique. Je me suis rendu compte aussi que la vie de famille m’avait manqué. Après 30 années à parcourir le monde, j’ai pu faire une vraie pause. Profitez de mes petits-enfants, jouer avec eux, cuisiner et passer plus de temps avec mes proches.

Le 19 juin est sorti votre nouvel album Acoustic qui, comme son nom l’indique, reprend (à deux exceptions près) en acoustique les titres de Mogoya sorti en 2017. L’enregistrement s’est fait en une prise, sans amplification, sans casque, dans des conditions “live”. Etait-ce un défi facile à relever ? Qu’en retenez-vous ? Pensez-vous réitérer l’expérience un jour ? 

Oui c’est mon premier album totalement acoustique mais cela n’a pas été difficile à faire. Nous avons enregistré l’album en deux jours, avec des musicien.n.es que je connais très bien (mes choristes Emma Lamadji et Kandy Guira, Benogo au kamele ngoni, Guimba Kouyaté à la guitare, Vincent Taurelle du collectif A.L.B.E.R.T, au celesta et à l’orgue jouet). Il y avait une ambiance très intime qui permettait de « se lâcher » et de jouer une musique spontanée. Un genre de musique de chambre entre ami.e.s. Cette approche acoustique m’a replongée dans mon enfance lorsque je chantais dans la rue ou quand j’accompagnais ma mère dans des cérémonies de mariage ou baptême. Ma voix est au naturel, sans artifices. Je vais revivre cette expérience « unplugged » lors de mes prochains concerts.

Vous avez dévoilé un premier extrait d’Acoustic: “Djoukourou”. Pouvez – vous nous en dire un peu plus sur ce morceau? Pourquoi l’avoir choisi pour promouvoir ce nouvel album 

Djoukourou signifie « soutien », « protection ». Il n’y a rien de mieux que d’avoir une personne de confiance sur qui s’appuyer dans la vie. Un chef d’État n’est rien sans le soutien de son peuple, un.e chanteur.se n’est rien sans de bon.ne.s musicien.nes. Je dis souvent avec humour que nous devons avoir une personne qui surveille « notre derrière ». C’est un titre que mon public adore sur scène, il chante et danse avec nous. Revenir avec ce titre, c’était une manière de mettre du baume au coeur, ma façon de réconforter ceux en peine et en lutte dans cette période difficile.

Pourquoi avez-vous eu envie de revisiter “Diaraby Nene” et “Saa Magni”, titres qui vous suivent depuis de nombreuses années et qui ne figurent pas sur l’album Mogoya ?

C’est une décision que j’ai prise avec mon label Nø Førmat. Nous avons pensé qu’il serait bien de donner une nouvelle vie à ces deux belles chansons importantes de mon répertoire. Elles m’ont toujours suivie dans ma carrière. Elles sont devenues des « classiques » en quelque sorte, adoptés par toutes les générations. La forme acoustique permet de les sublimer, il y a plus de place pour mettre en avant le son des instruments et mélodies du Wassoulou.

Vous parcourez les festivals depuis près de 30 ans et avez monté le Festival International du Wassoulou (FIWA) dont la troisième édition s’est déroulée du 5 au 7 mars dernier. Est-ce que la scène vous manque ? Comment appréhendez-vous la reprise après cette période trouble ?

Cette troisième édition du FIWA a été une réussite, je suis très fière de ce projet que j’organise dans ma région natale autour de ma culture. J’aime beaucoup la scène, cela me permet de partager ma culture, mes traditions et ma musique. Comme beaucoup d’artistes, j’ai dû décaler ma tournée mais je reste patiente et ne me plains pas. L’urgence est la santé de toute et tous. Je suis tout de même  impatiente de retrouver le reste de ma famille au Mali.

À la crise sanitaire s’est ajoutée, depuis quelques semaines, une crise sociale profonde qui bouleverse le monde entier. Vous qui êtes connue -et reconnue- pour votre engagement, quel regard portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

J’ai une pleine confiance en la jeunesse, c’est elle qui fait bouger les lignes et bouscule nos mentalités. Lorsque j’ai sorti mon album Moussolou, c’est la jeunesse malienne qui m’a soutenue en premier. La société conservatrice n’a pas du tout aimé mes paroles et m’a traité de tous les noms. J’abordais des sujets trop tabous. Avec le temps, mes chansons ont fini par être acceptées. J’essaye au quotidien de garder cet esprit jeune et libre.

Merci beaucoup Oumou Sangaré pour cet entretien.

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